Depuis l'installation de l'École d'Agriculture Algérienne à Maison-Carrée en 1905  à l'ENSAA en 1962, un nombre considérable d'élèves est passé par l'enseignement de l'Institut. Nombreux sont les cadres qui se sont investis dans le développement de l'agriculture de ce pays. Ils ont contribué, avec d'autres, à la modernisation de la production agricole, mais aussi au progrès social de l'ensemble des ruraux dans la mesure de leurs moyens.

Certains, parce que plus intuitifs, plus engagés dans leur mission, ont eu un parcours plus remarquable.

Nous voulons ici  saluer ceux que nous avons côtoyés en leur rendant hommage pour ce qu'ils ont été.

Il ne faut pas voir dans ce qui suit un palmarès, mais plutôt une chronologie suivant la réception des documents.

 François Fillard (1919 - 1921)

 

 

                            François Fillard  fait parti de ces personnages qui savent se faire aimer par leur disponibilité, leur compétence, leur sérieux. Déjà pendant son passage à l' Institut Agricole d'Algérie, ses condisciples peuvent apprécier l'excellent camarade. Il en fournira encore la preuve, s'il en était besoin, lors de son implication dans les activités de l'Amicale des anciens élèves, notamment au service du Placement des élèves.

Sa carrière professionnelle est menée avec une grande rigueur, une grande écoute de ses interlocuteurs. Curieux de tout, insatiable, il abordera les différents sujets auxquels il sera confronté, avec  la détermination de bien les saisir et l'intelligence quant à leur application.

Il débute à la Ferme-école de Guelma où en raison de l'étendu de son savoir il enseignera plusieurs matières. Puis il obtiendra un poste de professeur à l'École d'Agriculture de Philippeville.

Son sens de l'organisation et de la pédagogie lui permettent d'être reçu premier au concours de Directeurs des Écoles d'Agriculture. Il sera nommé à la direction de l'École d'Horticulture du Jardin d'Essai du Hamma à Alger en 1938.

Lever des Couleurs dans la cour du Jardin d'Essai.  F. Fillard est à gauche du groupe de droite.

À ce poste, il révèlera ses qualités d'Entomologiste et de Pathologiste averti. Pendant un temps, il collaborera avec les Services de  la Défense des Végétaux.

D' octobre 1942 à septembre 1945, il va assurer l'intérim du Secrétariat général de l'Institut Agricole d'Algérie, à la grande satisfaction de Mr Marcel Barbut, directeur de l'Agriculture au Gouvernement Général et directeur de l'Institut.

En 1946, il est nommé Directeur des Services Agricoles du département de Constantine, après avoir été reçu brillamment au concours de Directeurs. Très vite il prend la mesure de la situation et développant ses qualités de pédagogue, il rallie l'unanimité dans ses projets de développement.

Sur sa demande, il obtient en 1950 la direction des Services Agricoles des Territoires du Sud. Il a senti que dans  ces régions, les populations ont un immense besoin du progrès agricole pour subvenir à leur alimentation.

Il s'y investit avec une énergie sans commune mesure, fait un inventaire de la situation et déjà il cerne des difficultés et prépare les remèdes.

Hélas, les ardeurs du soleil, sous ces latitudes, lui provoquent une maladie méningée. Il ne s'en remettra pas.

François Fillard décède le 28 novembre 1951.

C'est une grande douleur dans sa famille et un grand désarroi parmi ses amis et condisciples.

Laissons la parole à Roger Pasquier, Président de l'Agria et son ami, dans l'hommage qui lui rendit, au nom de l'association, le jour des obsèques. 

" J'ai aujourd'hui, devant cette tombe, au nom de l'Association des Anciens Élèves de l'Institut Agricole, un bien douloureux devoir à remplir: dire adieu à l'un des nôtres qu'un inconscient destin vient de ravir à l'affection des siens, à celle de tous ses amis, à celle aussi de tous ceux qui, l'approchant, surent et comprirent sa science des gens et des choses, son esprit de devoir et de justice, sa droiture que d'aucuns ont pu prendre pour de la rigidité mais que rendait humaine une âme pleine de commisération."

Nota: Nous avons puisé la documentation dans le numéro d'octobre-novembre de l'Agria fourni par Jean-Pierre Fillard, fils de François Fillard. Nous lui adressons nos remerciements.

Visitez la promotion 1919 dans la galerie de photos de l'ENSAA

 

 

 

 

 Paul Teisseire   (1935-1937)

 

Paul Teisseire naît le 13 juin 1916 à Constantine. Avec sa mère il accompagne son père qui s'est engagé volontaire pour la guerre 1914-1918, sur le front de l'Est en Haute-Marne (Chaumont, Saint-Dizier).

De retour en Algérie, à la fin de la guerre, la famille s'installe à Bordj Bou Arreridj (département de Constantine), puis à Bône où Paul Teisseire poursuit ses études secondaires jusqu'au Brevet Élémentaire.

 Il opte alors pour des études agricoles qu'il effectue à l'École d'Agriculture de Philippeville, promotion 1932-1934, dirigée par Monsieur Chapoulie. Muni du diplôme de l'école, il bénéficie d'une année supplémentaire qui le prépare à l'entrée aux grandes écoles. Il est admis sur concours, 2ème sur 200 candidats, à l'Institut Agricole d'Algérie de Maison-Carrée(promotion 1935-1937). Il termine second de sa promotion.

        Il est admis sur concours comme répétiteur à l'I.A.A. et affecté au Service de la Défense des Cultures, dirigé par  Mr Delassus et son adjoint Mr Pasquier. Il est chargé de la biologie des acridiens ( criquet marocain, criquet pèlerin).

Mobilisé dès le début de la seconde guerre mondiale, il est dirigé vers l'École d'Officiers de Réserve de Saint Maixent dont il ressort avec le grade d'Aspirant. Nommé au 5° Régiment de Tirailleurs Algériens de Maison-Carrée, il part avec le 5° Bataillon de Marche en Tunisie, à pieds jusqu'à Béja - Pont de Trajan. Il fait toute la campagne de Tunisie jusqu'à Tataouine. Atteint du paludisme et de dysenterie, il  refuse d'être hospitalisé et continue la campagne de Tunisie jusqu'à l'armistice.

Il revient alors à l'Institut Agricole, passe le concours de Chef de Travaux, et se trouve chargé de cours de chimie œnologie avec les professeurs Fabre et Brémont.

Remobilisé lors du débarquement des américains en Algérie en novembre 1942, il est chargé de différentes missions, notamment au service de l'Intendance pour diriger et contrôler les boulangeries militaires ou civiles à Blida, Orléanville, Miliana...

Après la guerre,( en 1946 ?) il présente le concours de Directeur d'École d'Agriculture. Reçu il rejoint le Centre d'Apprentissage Arboricole de Mechtras en Kabylie.*

C'est à partir du Centre d'Apprentissage que Paul Teisseire démontre sa capacité à promouvoir le développement agricole. Il va agir avec efficacité en même temps sur l'enseignement, sur la vulgarisation des techniques adaptées au milieu où il exerce, pour le bénéfice de l'agriculture familiale kabyle*. *(Voir dans les pages "Autres Écoles" "Ils étaient là pour nous")

Entre temps , l'Institut Agricole devient l'École National d'Agriculture, le diplôme d'Ingénieur Agricole (Agri) est attribué avec effet rétroactif pour les promotions antérieures  qui était alors Ingénieur de l'Institut Agricole. Paul Teisseire complète sa formation en obtenant une licence de Sciences Naturelles, et Physique (zoologie, biologie, botanique, chimie générale-minérale-organique) à l'Université d'Alger.

A 32 ans, il sera le plus jeune Ingénieur promu au grade d'Ingénieur en Chef d'Agronomie.

En 1954, il est nommé  adjoint au Chef du Service de la Protection des Végétaux d'Alger. Il est responsable de la lutte antiacridienne avec plusieurs équipes dotées de grands moyens terrestres (camions) et aériens (avions et hélicoptères) pour le "poudrage" à l'H.C.H. (Hexa Cyclo Hexane) insecticide organochloré, seul moyen efficace à l'époque pour juguler les attaques dévastatrices des "sauterelles". Il se déplace aussi dans d'autres pays comme l'Éthiopie pour apporter son concours à la lutte contre ce fléau séculaire.

Trois ans plus tard il est promu directeur du Service Régional de la Protection des Végétaux,  pour l'ensemble de l'Algérie. Il assumera cette fonction jusqu'en 1962.

 

Paul Teisseire (1er à droite) à la Conférence européenne sur le lutte contre le mildiou du Tabac- Cologne 1956.

Pendant la guerre d'Algérie de 1957 à 1962 il sera mobilisé dans les Unités Territoriales où il sera nommé Capitaine. Il aura pour mission la garde des points stratégiques d'Alger, l'usine à gaz, la centrale électrique, les Halles, et le dépôt de munitions du Ravin de la Femme Sauvage.

Pour ses services civiles et militaires Paul Teisseire reçoit les distinctions d'Officier du Mérite Agricole et de Chevalier de la Légion d'Honneur.

En 1962, il connaît l'exode, comme la majorité des Français d'Algérie et il arrive à Toulouse au Service Régional de la Protection des Végétaux. Il sera chargé de l'étude des produits phytosanitaires en relation avec les services techniques des firmes.

En 1963 et 1964, il participe à la formation de futurs ingénieurs agricoles algériens. Il les accompagne durant plusieurs stages d'une semaine chacun, à Paris et dans 25 départements. Chaque stage est consacré à un thème différent : oléiculture, riziculture en Camargue, céréales, élevage etc...

Il est ensuite nommé chef de la Circonscription de la Protection des Végétaux, toujours à Toulouse. Il occupera ce poste jusqu'en 1976 quand arrive le moment de la retraite.

Paul Teisseire n'est pas homme à pantoufler dans sa nouvelle situation. Il reste très actif et multiplie les centres d'intérêts : Astronomie avec en particulier la recherche d'étoiles doubles, musique et audiovisuel (films, documentaires) jardinage, il crée une collection d'iris. Il faut ajouter les voyages qu'il va organiser sur quatre continents. Il emmènera ses amis en Egypte, au Mexique, en Turquie, en Thaïlande, et bien sûr en Algérie avec un "retour aux sources" à Alger, à Maison-Carrée et en Kabylie où il a pu revoir les Mechtras.

 

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